09.07.2022 / Festival de la Cité

KALIKA

Venue
Festival de la Cité
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Affirmative et combattante, la voix de KALIKA fait l'effet d'un coup de poing dans un gant de velours. Bam ! Le titre La Chaudasse est à l'image des trois autres morceaux de son premier EP : ça déménage sec mais toujours avec dextérité. Les paroles crues racontent les histoires d'amour et de sexe tumultueuses d'une jeune féministe de 23 ans. « Est-ce que tu dors ? Je me sens très seule » lâche-t-elle à un ex-compagnon trompé sur Tu fais la gueule. « Ne mets plus tes doigts dans mes fesses, ne m'appelle plus ta tigresse/L'été est mort il est parti, le ciel est gris c'est déjà fini. » roucoule-t-elle sur L'Été est mort, enjoignant au dénommé Hector « d'arrêter de s'accrocher ». Seul écart : le morceau Avec les gars, manifeste sur lequel KALIKA parle de mendicité dans le métro et de mépris à tous les étages : « On n'a pas de visa, pas de visage, on ne vaut plus rien /T'étonnes pas si on a la rage. » Fracassantes, les mélodies electro-pop invitent moins au spleen qu'au lâcher-prise cathartique, voire à une jouissive hystérie collective sur un dancefloor détrempé. « C'est un cri » résume-t-elle très bien. Comme une gifle suivie d'une caresse, ajouterait-on. Bourrée d'angoisses, elle écrit pour aller mieux, lorsque l'urgence du hurlement la prend, l'agrippe, lorsqu'elle ne peut s'en défaire qu'en l'emprisonnant dans un morceau. De nuit puisque c'est là que le silence se fait enfin. Alors KALIKA la couche-tard compose dans le petit studio qu'elle s'est aménagée dans son appartement parisien. Celui-là même qu'elle partage désormais avec Balthazar, son guitariste qui lui donne un solide coup de main sur la mise en œuvre de son projet. 

L'EP doit aussi beaucoup aux doigts de fée du producteur Dan Levy, moitié du duo The Dø, producteur du premier album de Jeanne Added et dénicheur de talents, couronné d'un César de la meilleure BO en 2020 pour le film d'animation J'ai perdu mon corps, qu'elle a tout simplement contacté sur Instagram. « J'ai senti que c'était lui qu'il me fallait. »

KALIKA – Mia pour l'état civil- sait ce qu'elle veut. Un caractère sincère et déterminé qu'elle tient de sa grand-mère avec qui, enfant, elle sillonne les marchés dans une caravane. Haranguer la foule lui retire sa timidité. Elle se croit sur une scène de théâtre.  À 17 ans, elle se classe deuxième à la Nouvelle Star puis embraye à Nancy avec la MAI (Music Academy International), axée sur les musiques actuelles, avant de compléter sa formation par une école de jazz parisienne, qu'elle lâche pour écrire les morceaux qui tournoient dans son esprit. Mais ce qu'elle aime KALIKA, c'est la vérité de la scène. Là où, contrairement au studio, cette perfectionniste ne peut pas remettre cent fois l'ouvrage sur le métier, mais doit embrasser le lâcher-prise du temps présent. Admiratrice de Billie Eillish dont elle a repris Ilomilo en français, KALIKA cite abondamment l'ovni pop-rap Michel. Elle a d'ailleurs fait appel à l'un de ses clippeurs, Mohamed Chabane, aperçu – aussi- chez Lomepal, pour le clip bourré d'humour de son premier single, L'Été est mort.  

Fan de Dalida, KALIKA assume son amour du kitsch, celui qui a bercé son enfance. « J'aime le populaire. Ce qui est sur le fil, sur la bascule, presque de mauvais goût. »  KALIKA a la transparence salutaire, de celle qui amène une nouvelle génération de chanteuses à parler de sexe avec la même crudité que leurs homologues masculins, brisant (enfin) les clichés de douceur et de docilité encore trop souvent accolés au féminin. Tirant son surnom de Sara-la-Kali, sainte vénérée par la communauté des Gitans de Sainte-Marie-de-la-Mer comme de Kali, déesse indienne de la transformation et de la destruction, cette Catherine Ringer des temps modernes tape de la voix, le regard crépitant de rage mais le sourire barrant son doux visage. Ses hymnes, elle veut les partager, et à plein
 

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